En route

MC :
Je suis partie, j’ai traversé le désert et après 8 mois je suis arrivée en Algérie. J’étais enceinte de mon mari. Ma grossesse était avancée. J’ai trouvé une place dans un véhicule pour partir au Maroc. Nous avons été attaqués sur la route et j’ai été rançonnée. Tous fuyaient. Je suis restée. Vu ma grossesse, ils ne m’ont pas violée. Les bandits ont pris mon argent de force. Ils m’ont aussi frappée au cou. Je ne pouvais pas marcher.

AN :
En Algérie j’ai été refoulée plusieurs fois. On m’a refoulée à Tamanrasset et j’ai dû remonter à Oran deux fois. Finalement, j’ai beaucoup traîné en route en Algérie. Dans le désert, un jour des Arabes nous ont séparés en groupe de filles et groupe de garçons. Et nous, les filles, ils nous ont fait rentrer dans une voiture, soi-disant pour rouler à la frontière. En fait, ils nous ont ordonné de leur faire des fellations et ce genre de choses. Un troisième homme leur a parlé en arabe et finalement, ils nous ont laissées tranquilles. Mais ils voulaient garder une fille parmi nous et nous, on leur a dit qu’on ne bougera pas sans elle. Ils nous ont rétorqués que si on ne voulait pas partir, on subira la même chose que cette fille. On a insisté qu’on n’abandonnera pas notre sœur. On a eu une petite bagarre avec eux. Ils ont sorti leurs couteaux et j’ai reçu un coup de bâton sur l’épaule. Finalement, ils nous ont toutes ramenées vers nos garçons, aussi la fille qu’ils voulaient garder. Nous avions quitté le pays ensemble et on ne pouvait pas l’abandonner. Ce n’est pas bon et ça ne porte pas chance !

BA :
Nous sommes venus par le désert au Maroc, à Oujdah. On était plein de filles et les gens qui nous dirigeaient nous tabassaient et ils ont couché avec nous. Il y avait des viols et je suis tombée enceinte de mon fils en Algérie. Je ne connais pas le père de mon bébé. J’ai quitté mon pays parce que le vieux a abusé de moi. Mon oncle m’a dit que si je reviens, je suis menacée de mort. Mon oncle ne sait pas où je me trouve. Je n’ai plus de contact avec lui et je n’ai pas d’autre famille. Je ne peux pas retourner dans mon pays, car je suis menacée de mort.

BC :
Je suis retournée au Libéria et là, j’ai rencontré des gens qui voulaient partir au Maroc par l’Algérie. Comme je n’ai pas de parents, je suis partie avec eux. Depuis le Libéria on a passé par la Guinée, le Mali, puis l’Algérie. Sur la route on violait et tuait les gens. La grossesse avec mon fils provient d’un tel viol.

CK :
A 22 ans je suis venue ici (au Maroc) en voiture, en passant par le Niger et le Mali. Nous étions 5 personnes à vouloir venir au Maroc, 3 hommes et 2 filles. Pour aller de Guinée au Mali, on a mis 2 jours. Après on a marché dans le désert pendant une semaine. Après, on a continué dans le désert algérien. On manquait terriblement d’eau et il n’y avait rien à manger. On y est restés pendant presqu’un mois. Après j’ai fait 5 jours de voiture…. ce sont des souvenirs terribles.

NL :
Je suis arrivée au Maroc à pieds. D’abord j’ai traversé le Congo Brazzaville. De là j’ai pris le bateau jusqu’à la frontière entre le Congo Brazzaville et le Cameroun. Depuis là, j’ai pris les grands camions qui transportent du bois. Un tel camion m’a pris jusqu’à Yaoundé, la capitale du Cameroun. A Yaoundé j’ai travaillé comme couturière chez un monsieur pendant deux ou trois mois. J’ai réussi à économiser ainsi une petite somme. Cet argent m’a permis de continuer la route. J’ai passé au Nigéria, puis à Cotonou au Bénin – Mali – Gao- Algérie et suis arrivée ici. J’ai rencontré des difficultés sur la route, mais pas d’agressions. Souvent c’était pénible, parce que la police arrêtait les bus pour nous contrôler et chaque fois on nous mettait à l’écart et on nous insultait. A chaque fois on réussissait à les supplier et ils nous relâchaient. J’avais comme seul ravitaillement  des biscuits. J’étais deux à trois mois sur la route.