Récits de réfugiées de guerre

Les entretiens suivants ont été réalisés au cours d’une visite à l’Arcom en janvier 2026.

AE, 56 ans, est venue du Soudan. Elle est réfugiée de guerre reconnue par le HCR. Elle est arrivée au Maroc en passant par l’Égypte, la Libye, et l’Algérie. Elle a 5 enfants. Elle cherche un pays où elle peut travailler, par exemple en Europe ou au Canada. En Algérie elle a eu affaire avec la mafia. Un de ses enfants est resté au Soudan, son mari est mort. Elle ne veut pas rentrer au Soudan, car combats et accalmies se succèdent.

BAD, 28 ans, provenant du Soudan fuit la guerre. Elle est la fille de Asma. Son frère a dû aussi fuir car autrement il aurait été enrôlé de force. Elle a pu quitter Khartoum grâce à un versement effectué aux Forces de Soutien Rapide. Elle ne sait pas où sont ses proches. Elle désire être dans un endroit stable et sûr.

Jeunes sœurs de 20 et 22 ans originaires du Soudan ont perdu leur père, leur mère ainsi que plusieurs membres de leur famille. Elles ont mis 3 ans pour arriver au Maroc. Au Maroc, elles travaillaient et vivaient dans des maisons en construction. Elles recevaient un petit montant mensuel (500 dh) de la part d’organisations humanitaires ainsi que des aliments de la part de l’église catholique. Elles aimeraient d’ici quelques mois partir pour l’Europe. Plutôt que de travailler dans le nettoyage, elles désirent chanter et jouer de la musique.

ZI est originaire du Soudan. Elle se trouve à l’Arcom avec 2 enfants de 5 et 7 ans. Toute sa famille est morte. Elle n’a pas de mari. Pendant une année elle a voyagé du Soudan en Égypte, puis en Libye et en Algérie afin d’arriver au Maroc. Elle réside depuis 1 an et demi au Maroc. Elle ne travaille pas, mais reçoit une petite aide de la part de l’église (500 dh) . Elle aurait besoin d’une opération, mais ne peut la faire par manque de moyens financiers. Les enfants vont à l’école publique.

IHB, jeune femme de 20 ans a quitté la province du Tigré en Éthiopie il y a 5 ans, à cause de la guerre. Sur la route pour l’Europe, elle a été mise en prison en Libye et libérée après 2 ans contre une somme de 7’000$ prêtée par sa mère. Pendant son séjour en Libye elle a été soumise à des violences et viols. Libérée, elle a accouché en Algérie d’un bébé avec lequel elle est arrivée à l’Arcom. Vu sa dette envers sa mère, elle n’ose envisager un retour au pays. Elle a fait une demande d’asile et attend les papiers qui lui permettraient d’émigrer en Europe.

BCN, 29 ans, est originaire de Juba, South Soudan. Sa mère et sa famille sont mortes en 2019, pendant la guerre. Elle n’a pas terminé son école. Ses notions de langue arabe sont limitées. Son mari est au Maroc, dans une autre ville. Il parle l’arabe. Cependant, il ne peut pas travailler car il est tombé malade à la suite d’une morsure de serpent. Elle reçoit des aliments et des habits de l’église catholique. Elle repartira quand elle trouvera un « bon » pays qui lui offrirait un travail. Son rêve n’est pas forcément de partir, mais de disposer d’une maison et de manger à sa faim.

BD, 34 ans, chrétienne protestante, est originaire d’Éthiopie. Elle s’est réfugiée en 2022 de la guerre. Elle a cherché à traverser la Libye où elle été emprisonnée et a été sujette a des violences sexuelles. Elle a été battue. Il lui reste des séquelles aussi bien dans la jambe qu’au dos. Son emprisonnement a duré plus qu’une année. Ses ravisseurs exigeaient une somme d’argent pour la libérer, somme qu’elle n’avait pas. Elle ne sait pas où se trouve sa fille actuellement. Sa sœur est morte. Arrivée au Maroc, elle a contacté l’Unicef qui lui a recommandé de s’adresser à l’Arcom, où elle a pu résider après avoir dormi quelques jours dehors. Elle est traumatisée par ce qu’elle a vécu. Elle a des douleurs au dos et a de la peine à dormir la nuit. Elle ne sait pas quel sera son avenir. Elle aimerait retrouver son enfant et sa sœur. Peut-être que la Croix-Rouge peut l’aider à retrouver ses proches? Elle ne peut penser à revenir en Éthiopie, car elle a perdu ses proches qui s’y trouvaient. Pour l’instant ses douleurs au dos ne lui permettent pas de travailler. Elle reçoit des médicaments pour calmer ses douleurs et elle en contact avec un médecin. À terme, elle pourrait travailler dans un restaurant comme serveuse, métier qu’elle exerçait auparavant.

AWA, 35 ans, originaire du Mali est une réfugiée de la guerre que mènent les djihadistes. Son frère est décédé au service militaire. Elle est venue du Mali en voiture en passant par le Sénégal et la Mauritanie. Son enfant est resté au pays avec la grand-mère et le père. Elle travaille dans un ménage et peut ainsi envoyer de l’argent à sa famille. Avec l’aide de Dieu, elle aimerait pouvoir poursuivre son voyage et arriver en Europe en voiture.